Ethologie appliquée à l'équitation

 

 

 

 

 

 

Je suis allée chercher Mafalda, jument allemande de race Hessen (la race n'existe plus depuis 2008), dans la région de Hesse près de Frankfurt-am-Main il y a quelques années. Âgée de 4 ans, elle sortait du pré, n'était pas débourrée et vivait en groupe social avec d'autres pouliches de son âge. J'ai dû passer de nombreuses heures à l'habituer à son nouvel harnachement, aux méthodes dites "classiques" et à l'ensemble des stimuli que l'on utilise dans la pratique courante de l'équitation. Après plusieurs, mois, la voilà débourrée, et nous sommes rapidement parties à l'aventure du haut de ses 4 ans et demi...

Dans les pages qui suivent vous pourrez découvrir cette petite jument au caractère bien trempé qui m'a appris énormément en communication interspécifique. Je n'oublierai jamais ces heures innombrables au cours desquelles nous avons partagé des moments fabuleux : chutes d'eau, falaises, lacs et rivières, volcans, escalade de rocher et ravins, la gestation et la mise bas à mes pieds,...

Suite à mon expérience professionnelle dans la recherche en éthologie ainsi que ma pratique de l'équitation, j'ai publié un article dans la revue "Endurance Equestre". Afin de vous faire partager mon point de vue d'une manière concise mais objective, je vous fais partager cet article :

 

L'intérêt d'une approche éthologique

dans la performance du cheval en endurance

 

Le cheval est un animal grégaire qui vit naturellement en groupe social, constitué de juments, de leurs poulains, de quelques jeunes et d’un étalon. Les membres du groupe communiquent en permanence les uns avec les autres par des stimuli visuels, tactiles, auditifs et olfactifs, qui donnent des informations sur leur état interne (émotions, motivations,…) et l’environnement qui les entoure. La transmission d’informations permet l’attraction réciproque des individus d’où le maintien d’une certaine cohésion sociale. Le cheval domestiqué aujourd’hui est généralement isolé socialement, enfermé dans un box, ce qui génère toute sorte de troubles du comportement.

Depuis quelques années nous voyons apparaître une nouvelle approche de l’équitation, qui permet au cavalier de partager des instants de complicité avec son cheval, et de limiter les rapports de force dans le but d’optimiser ses performances. Pour cela, le cavalier doit chercher à comprendre le comportement de sa monture.

L’étude du comportement est une science nommée « éthologie ». Elle est basée sur des techniques d’observation et d’expérimentation qui permettent de mettre en évidence les comportements et de les expliquer (ou non) par divers facteurs environnementaux, sociaux,... Elle tient compte de l’individu, c’est-à-dire de son vécu, de son expérience sociale, de son âge, de son sexe et de toutes les caractéristiques qui le rendent unique. Bien que le terme scientifique « éthologie » soit à mon sens plus utilisé dans le but de crédibiliser des méthodes de dressage à des fins commerciales, l’utilisation de cette science dans le cadre de l’équitation propose une approche plus sereine du cheval et en améliorant la relation Homme-Equidé. En effet, le cavalier comprend mieux les réactions de son cheval, peut les anticiper, réagir sans exagération,lui faire davantage confianceet réciproquement, en toute circonstance.

 

L’endurance est un des sports équestres les plus respectueux du cheval parce qu’il tient compte de son état physique et mental. En effet, le but étant de terminer la course avec le rythme cardiaque le plus bas, aucune boiterie ni blessure, cela oblige le cavalier à être rigoureux sur la manière dont il prépare et aborde la compétition. Une question se pose : après avoir optimisé l’entraînement de sa monture, lui avoir administré des électrolytes, l’avoir hydraté et alimenté tout au long de la course, l’éthologie peut-elle encore aider les cavaliers dans la course vers la victoire ?

En observant son cheval tous les jours et pas seulement le jour de la course, il est possible de s’apercevoir des modifications de son comportement. Généralement, il est plus réactif aux stimuli lorsqu’il quitte son environnement habituel et rencontre de nouveaux congénères. Concrètement il se montre plus excité, ce qui a pour effet d’augmenter le nombre de pulsations par minute. Il est donc nécessaire de le désensibiliser à ces changements en lui donnant l’opportunité d’intégrer des informations sur ce nouvel environnement. Le fait d’arriver le matin même sur le lieu du concours est souvent lié au confort du cavalier. Le cheval quant à lui découvre le jour même ce nouvel environnement où sont déjà présents de nombreux concurrents. La période d’habituation étant de plusieurs heures, arriver la veille lui permet de prendre ses marques, de se familiariser avec les lieux, les odeurs, les bruits, les gens. De plus, après parfois 4 heures de transport, cela lui permet de se reposer correctement.

On sait que pour une majorité d’équidés, le transport en van est un événement stressant. D’autant plus qu’il est généralement associé à la compétition. Transporter régulièrement son cheval pour aller en balade ou voir d’autres chevaux permet de l’habituer aux déplacements. Le cheval étant très sensible au changement, il est essentiel de conserver ses habitudes le jour du départ au concours et de rester calme.

La voix est un indicateur de nos émotions, aisément perçue par le cheval. Les intonations lui permettent de différencier les félicitations des réprimandes. Tout au long du parcours, les encouragements sont très importants, d’autant plus lorsque le cheval montre des signes de fatigue. Une réaction inverse en utilisant des artifices tels les éperons et la cravache ne ferait qu’augmenter notre angoisse et son stress en favorisant l’augmentation de son rythme cardiaque. De plus, le cavalier doit faire attention à son propre comportement. L’essentiel est de rester calme, positif, de ne pas s’énerver, en toute circonstance. Si le cheval montre des signes de peur, il faut immédiatement le rassurer, le calmer, en lui parlant. Avec ce type d’expérience, sa réaction face au danger va changer. Il deviendra moins émotif, c’est-à-dire que son seuil de réaction va s’élever. Ceci est vrai en particulier s’il existe une réciprocité dans la confiance. Lorsqu’on pratique l’équitation d’extérieur, une des bases essentielle est la confiance instaurée entre le cavalier et sa monture. Personnellement je monte une petite jument allemande, Mafalda, assez corpulente mais capable de gagner des courses de 40km. J’essaie simplement de faire en sorte que la course soit un moment de détente. Je lui parle très souvent, et je plaisante avec un autre cavalier lorsque je trouve un bon partenaire pour courir.

En effet, le cheval est un animal grégaire qui vit en groupe social, c’est-à-dire qu’il recherche la proximité spatiale voire le contact avec des congénères de son espèce. Utiliser cet effet de groupe peut être avantageux. La preuve en est la victoire de l’équipe de France à Aix-la-Chapelle : partis ensemble, arrivés ensemble. Pour la majorité des chevaux, courir à plusieurs permet de conserver la motivation. Certains chevaux préfèreront être devant, d’autres à l’arrière, mais changer de position peut être bénéfique. D’autres encore préfèreront courir seuls. Cela dépend entre autre, de l’environnement dans lequel le cheval a été éduqué, de son état physiologique et de son statut social dans le groupe, c’est-à-dire des relations sociales entre les individus. Il est préférable de laisser des chevaux qui ne se connaissent pas se sentir avant la course, afin qu’ils se jugent eux-mêmes. La plupart des chevaux ayant de violentes réactions s’ils sont approchés trop près par un inconnu, on limite ainsi les risques de ruades et de morsures. Attention à demeurer vigilant à l’approche d’autres concurrents. Observez les accélérations et décélérations de votre monture à proximité de partenaires, ses mouvements de tête, ses déplacements de côté,... à la maison, en balade et pendant la course.

 

Il ne faut jamais oublier que chaque cheval est unique de par son tempérament. Un cheval peut réagir calmement face à l’agitation qu’entraîne le déroulement d’une course, tandis qu’un autre, arrivé la veille sur le site de l’épreuve, montrera des signes d’excitation évidents. C’est pourquoi l’éthologie ne peut pas se contenter de donner une « méthode » à suivre par les cavaliers comme on peut généralement le lire. Cette science nous permet de comprendre les comportements de nos compagnons grâce à l’observation de leurs réactions dans diverses situations. La meilleure qualité qu’un cavalier puisse montrer est la patience. Sans elle, pas de temps pour observer, pour comprendre et pour apprendre à réagir dans le bon sens. Tout événement sportif devrait être abordé dans la détente et la confiance, un des meilleurs moyens de gagner. 

 

Amandine RAMSEYER

Doctorante en Éthologie

Institut Pluridisciplinaire Hubert-Curien, Département d’Écologie, Physiologie et Éthologie, UMR 7178 CNRS-ULP

23 rue Becquerel, F-67087 STRASBOURG   -   Email : amandine.ramseyer@c-strasbourg.fr 

 

Texte disponible au format pdf : Ethologie en Endurance

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